Capitaines d'industrie
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L’expression a été popularisée au XIXème siècle, mais s’est vraiment imposée au XXème siècle. Elle repose sur l’analogie entre le capitaine d’un bateau et le dirigeant d’une entreprise. Pas forcément industrielle d’ailleurs.
Tout grand pays est un pays industriel (et industrieux). Tout comme un grand pays est un pays qui dispose d’un système et d’entreprises de transport performants.
Nous sommes désolés d’avoir à répéter ces évidences encore et encore. Malheureusement, il y a beaucoup de personnes qui font preuve d’une surdité sélective. Ou d’aveuglement ou des deux.
Le monde économique a été particulièrement secoué après que l’audition de Florent Ménégaux, PDG de Michelin le 22 janvier 2025 devant la Commission des Affaires économiques du Sénat, soit devenue virale. Cette audition intervenait alors que les Sénateurs s’interrogeaient sur les difficultés de la filière automobile. La video est à visionner sans modération.
Florent Ménégaux ne faisait pourtant qu’exposer de manière factuelle les difficultés rencontrées par un champion français de l’industrie dans son propre pays. Excès de normes, de réglementations, de taxes, coûts non compétitifs, inflation des prix de l’énergie, concurrence asiatique ou autre, politique européenne incohérente.
Cette audition a manifestement libéré une parole : celle de tous les entrepreneurs français qui tente de créer de l’activité et des emplois en France et qui se heurtent à tant de handicaps de compétitivité. On peut comprendre que certains jettent l’éponge ou vont voir ailleurs.
Plus récemment encore, Pierre-André de Chalendar, ex-président de Saint-Gobain et Louis Gallois notamment ex-président de la SNCF et d’EADS, ont été auditionnés au titre de la Fabrique de l’Industrie par la mission d’enquête parlementaire sur « les freins à la réindustrialisation ». Mission lancée par le Rassemblement National sur sa « niche » parlementaire. Très révélateur en soi.
Désindustrialisation, réindustrialisation. Cela fait plus de 15 ans que les missions succèdent aux enquêtes, que les rapports sont émis par d’éminents comités. Cela fait plus de 15 ans que tout le monde a des idées de génie, des propositions. Et la situation ne cesse de se dégrader. Là où la part de l’industrie est de 17% en Europe, en France elle n’est que de 9%. Et cela continue de dégringoler.
À chaque menace de fermeture d’usine, l’officiel accourt. Promesses d’argent public, sauvegarde des emplois, main sur le cœur et trémolos dans la voix. Rien n’y fait.
Quand on ne laisse carrément pas des industries stratégiques se faire racheter par des entreprises étrangères. Même dites amies, il n’y a pas d’angélisme à avoir. Ce sont des concurrents d’abord. La liste est longue des entreprises françaises, depuis 15 ans, qui ont été purement et simplement démantelées.
Puisque l’on parle de capitaines et de bateaux, on peut se dire que c’est un peu comme pour les ports : des mois de grèves portuaires ont durablement entamé l’attractivité de notre pays. Là aussi, croyez bien que nous attendons avec impatience la prochaine enquête ou mission parlementaire sur le sujet qui s’interrogera sur pourquoi nos concurrents européens font mieux. Ce jour-là, nous distribuerons des bouchons d’oreille.
Ne cherchez pas : même ça, on ne le fabrique plus chez nous.
Florence Berthelot